Essai tracteur standard Essai tracteur John Deere 6M 115 AutoPowr : le baroudeur
Cette dernière génération de John Deere 6M à « châssis court » répond à la norme en vigueur Stage V, reconnaissable par sa numérotation se terminant par le chiffre 5. Si ce tracteur conserve son gabarit et son capot plongeant, c’est en cabine que les améliorations sont surtout notables, notamment par une connectivité accrue. Notre 6M 115 doté de la variation continue AutoPowr s’équipe d’un chargeur frontal maison 623 R. Suivez-moi à bord de ce tracteur pour une semaine d’essai dans une ferme d’élevage.
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La famille des 6M de John Deere s’est quelque peu agrandie depuis juillet 2024 avec 17 modèles répartis en cinq châssis, allant du 6M 95 au 6M 250, dont les puissances maximales s’échelonnent de 105 à 275 ch. De quoi répondre à un large panel d’agriculteurs. Notre tracteur d’essai 6M 115 se classe parmi les modèles dits « à châssis court », reposant sur un empattement de 2,4 m et motorisé par un bloc maison à quatre cylindres. Ces « petits » tracteurs, au nombre de quatre dans la gamme, sont facilement reconnaissables par leur capot plongeant et parfaitement adaptés aux travaux de manutention. Nous avons pris les commandes de ce 6M 115 doté de la variation continue AutoPowr, transmission que l’on ne présente plus, lors de notre comparatif de « 10 tracteurs au chargeur frontal » réalisé l’année dernière sur la ferme du lycée agricole de Magnac-Laval(1). Au programme, curage de la stabulation, ramassage de balles rondes, broyage d’une pâture et transport de terre. Le tracteur a également passé l’épreuve du banc de puissance, ce qui nous permet de connaître sa puissance réelle mais aussi le niveau sonore de la cabine. Il est temps de monter à bord et de prendre les commandes du 6M.
Bonne visibilité
L’accès à la cabine se fait par trois marches puis par la porte dont le seuil de 31 cm de large, bien qu'étroit, n'est pas pénalisant. Le temps que le moteur chauffe gentiment, je reprends connaissance avec ce tracteur dont j’avais eu l’occasion d’essayer la génération précédente, il y a sept ans, avec un 6120M. Les commandes sont principalement regroupées sur la console de droite. Sur l’accoudoir, je retrouve le petit levier orange dédié à la transmission et un second, en croix, pour piloter le chargeur frontal. J’active le sens de marche avec l’inverseur positionné à gauche du volant, et là, sans surprise, le tracteur avance seul sans même appuyer sur la pédale ou pousser le levier. C’est le petit bémol de cette transmission.
Si ça peut surprendre au début, c’est juste un « coup de main » à prendre : il suffit de garder le pied sur le frein pour bénéficier du neutre actif. Allez ! Je me dirige vers le bâtiment des taurillons pour curer une case de la stabulation. Le levier en croix est de très bonne facture par sa forme et la position des boutons qu'il accueille. Le pouce gère l’inverseur sur la partie haute. L’index, par un simple appui sur le bouton dédié à la troisième fonction, qui dispose de sa propre ligne hydraulique, permet de cumuler le basculement de la BMS (benne multiservice) dans la remorque et l'ouverture du grappin. C’est vraiment appréciable, et je gagne en productivité. Grâce au capot plongeant et au toit panoramique vitré, la visibilité sur l’outil est très bonne sur toute la course du chargeur 623 R, le plus petit de la gamme John Deere. Je dois évidemment décaler mon buste pour apercevoir l’outil au sol, mais je ne suis pas perturbé par le relevage avant soigneusement replié contre le châssis du 6M.
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Confortable à souhait
J’enchaîne le chargement des bennes et prends petit à petit mes marques avec l’ensemble tracteur-chargeur. Le deuxième jour d'essai, le chef d’exploitation me propose d’aller ramasser des balles rondes de foin fraîchement pressées. J’en profite pour dételer la BMS, que je remplace par le pic-botte de la ferme. L’attelage, de type Euro, est bien compatible. Si cet outil avait accueilli une liaison MX, j’aurais toutefois pu l’utiliser, le chargeur 623 R étant doté des interfaces pour les deux tabliers.
Dans la parcelle, la suspension du chargeur, fournie en standard, ainsi que celle du pont avant, de la cabine à ressorts mécaniques et du siège pneumatique m'offrent un tel confort que je me régale à ramasser les balles. J’enchaîne les allers-retours avec un plateau de la ferme et les empile dans le bâtiment accolé à la bergerie. Sur la route, j’utilise l’inverseur au volant. Comme celui-ci revient en position centrale après le sens de marche sélectionné, une fois au champ, j’utilise instantanément l’inverseur du levier en croix en manipulant le chargeur. C’est un jeu d’enfant. Sur la route, le comportement du tracteur est très appréciable, mais le plateau de 6 m ne me permet pas vraiment d’apprécier le quatre-cylindres à sa juste valeur.
Manque de punch
Mes collègues travaillant avec les autres tracteurs du comparatif au curage des stabulations de l’exploitation qui nous accueille, j’attelle la benne Leboulch de 11 t chargée de terre pour mieux apprécier le 6M au transport. Nous avons sélectionné un parcours vallonné pour mettre à mal les compétiteurs. Si, sur le faux plat, le régime moteur du 6M 115 oscille entre 1 550 et 1 700 tr/min une fois lancé à 40 km/h, dans la côte, la vitesse dégringole rapidement. Malgré la surpuissance active, notre 6M affiche une puissance de 113,9 ch au banc. Son couple maximal de 484,6 Nm est atteint vers 1 500 tr/min.
Cela implique que le tracteur doit rapidement augmenter la démultiplication de la transmission à variation continue afin de maintenir un régime dans la plage de couple constant, située entre 1 200 et 1 670 tr/min, et passer l’obstacle avec brio. Il faut savoir que, par son moteur, le 6M est quelque peu désavantagé par rapport à ses concurrents. S'il brille en maniabilité et en visibilité, sous le capot plongeant prend place un bloc Deere Power Systems PowerTech EWS doté seulement de deux soupapes par cylindre. Pour faire simple, il respire moins bien qu’un même bloc en totalisant 16 ! Une fois revenu sur la route nationale, le tracteur reprend son souffle. Dans la descente, je sécurise l’attelage en utilisant les freins dans le but de conserver une allure en dessous de 40 km/h. Afin de profiter du guidage de notre 6M, le chef d’exploitation me propose de broyer une pâture. J’attelle le broyeur Kverneland de l’exploitation dont l'envergure s'élève à 2,8 m.
Travail au calme
Avec sa gamme 6M, John Deere propose un tracteur à la carte, soit dans une version simple dotée, par exemple, de distributeurs à commande mécanique, soit dans une version plus haut de gamme, à l’image de notre modèle d'essai, avec des distributeurs à commande électrique, une compatibilité Isobus et le guidage. Concernant la connectivité, tous sont équipés en standard, à l'instar des 6R, de la télémétrie JDLink proposant notamment l’assistance à distance et la maintenance prédictive.
Je sélectionne l’un des trois régimes à l’aide d’un levier mécanique et active la prise de force depuis la console de droite via un basculeur électro-hydraulique. Depuis l’optionnelle console 5G de 10,6” qui équipe notre tracteur pour un tarif de 4 500 € HT (au moment de l’essai), je paramètre le guidage. Le 6M bénéficie également du tableau de bord à éclairage à Led dans le montant avant droit. Celui-ci m’apporte bon nombre d’informations, ainsi que des raccourcis depuis la console pour accéder aux menus de la transmission, du moteur ou encore de l’hydraulique, par exemple. Une molette me permet de naviguer aisément dans les sous-menus et de valider par un clic les valeurs.
Après plusieurs allers-retours dans la parcelle, j’apprécie le niveau d’insonorisation du 6M. Si la structure de la cabine à six montants est héritée des précédentes séries, à l’image de la 30, John Deere a su en améliorer le confort, notamment par son insonorisation. En effet, à l'issue des tests, le 6M se classe comme le tracteur le plus silencieux de sa catégorie grâce à son intensité sonore inférieure à 70 dB(A). Après une semaine au volant, je le trouve très polyvalent bien qu’il pèche au transport. À la fois à l’aise dans les bâtiments, dans la cour de la ferme et au champ pour la partie manutention, il s’en sortira très bien pour les travaux de fenaison ou de traitement. Un vrai baroudeur.
(1) Voir Matériel Agricole nos 322 (juillet-août 2025) et 323 (septembre 2025).
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